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Grillons, criquets, larves, chenilles… dix insectes comestibles sont désormais autorisés à la vente en Belgique. Et c’est une première européenne !

FAO encourage désormais la consommation d’insectes au niveau mondial

FAO encourage désormais la consommation d’insectes au niveau mondial

Le Belge trouvera-t-il demain des insectes comestibles dans son assiette ? Non ! Et pour cause, ces petites bestioles dont on n’arrête pas de vanter les qualités nutritionnelles et écologiques, sont déjà à notre menu. De manière encore timide certes, mais bien réelle. Après les sucettes au scorpion, les pralines aux grillons, voici maintenant des tapenades gourmandes aux vers de farine, concoctées par un chef étoilé ! Mieux, l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire, l’Afsca, vient d’autoriser officiellement la commercialisation de dix espèces d’insectes destinés à la consommation humaine, dont le criquet migrateur africain, mais aussi le grillon domestique, le ver de farine ou la chenille de bombyx. Les fourmis devraient quant à elles rester des invitées indésirables lors des pique-niques, et pas encore un plat de résistance. Qu’on ne s’y trompe pas, l’annonce de cette autorisation n’a rien d’anodin. Jusqu’ici, la vente d’insectes comestibles n’était ni vraiment interdite ni vraiment autorisée. Et cela pas seulement en Belgique, mais dans l’Europe entière. Cette décision de l’Afsca est donc une première européenne, qui préfigure peut-être une autorisation généralisée au sein de l’Union.

Mieux que la viande !

Cette autorisation est d’autant moins anodine que l’introduction d’insectes dans notre assiette pourrait n’être qu’une réponse aux grands défis qui se profilent en matière alimentaire et écologique. Même la très sérieuse FAO en est convaincue et encourage désormais la consommation d’insectes au niveau mondial. On comprend pourquoi, quand on sait qu’en 2050, la terre devra nourrir 9 milliards d’êtres humains. Où trouver les protéines que tous ces Terriens devront consommer pour vivre ou survivre ? Dans la viande ? Peu probable, les ressources agricoles et les espaces cultivables sont déjà limités et les biotopes naturels sous pression. Une solution : inscrire des insectes à notre menu. Ce n’est pas le choix qui manque : il en existe au moins mille cinq cents espèces comestibles, la plupart riches en protéines et en lipides d’excellente qualité. Comparés à l’élevage traditionnel, les invertébrés présentent d’indéniables avantages. À commencer par leur taux de conversion alimentaire : en moyenne 2 kg d’aliments pour 1 kg d’insectes. Alors qu’il en faut huit pour produire un seul kilo de viande de bœuf. Les insectes se révèlent aussi des modèles en matière de lutte contre les changements climatiques, l’autre grand point noir de l’élevage classique. Par kilo, ils produisent dix à cent fois moins de gaz à effet de serre que les porcs d’élevage. Plus sobres que des chèvres, ils peuvent de surcroît se contenter de déchets organiques comme nourriture, là où poulets, porcs ou bovins exigent une alimentation plus noble. En clair, élever des insectes à la place de bétail permettrait de faire aussi bien avec moins.

Production industrielle

Cette perspective n’est d’ailleurs pas sans susciter les appétits de la filière des aliments pour animaux, jusqu’ici fort dépendante des importations de soja américain ou des farines de poisson, sérieusement décriées. Plusieurs projets d’élevage d’insectes à l’échelle industrielle ont déjà vu le jour un peu partout dans le monde. Dans cette révolution alimentaire en marche, la Belgique n’est pas en reste. L’unité d’entomologie de Gembloux Agro-Bio Tech (ULg), dont la compétence en matière d’insectes comestibles est reconnue au niveau international, peaufine ainsi la création d’une spin-off. Objectif là aussi, une production à l’échelle industrielle d’insectes à destination de l’alimentation animale, voire humaine. «On parle d’une production de dizaines de tonnes d’insectes par an», précise le professeur Frédéric Francis, l’un des responsables du projet. Autant dire que pour lui, l’annonce de l’Afsca incite plutôt à l’optimisme : «C’est une bonne nouvelle, car cela démontre le potentiel de l’insecte. L’autorisation est tout de même subordonnée au respect des normes alimentaires en vigueur, notamment en matière d’hygiène, de traçabilité, d’étiquetage. Pour les producteurs, les transformateurs, il y aura donc toute une série de démarches à accomplir avant de pouvoir mettre leurs produits sur le marché. C’est tout à fait positif cependant et c’est une décision à laquelle nous nous attendions, même si nous avons été surpris par la vitesse à laquelle elle a été prise».

Barres protéinées aux insectes

Pour le consommateur, l’approbation de l’Afsca ne devrait guère avoir de conséquences immédiates. Mais à moyen terme, il pourrait voir débarquer dans les rayons une panoplie de nouveaux produits à base d’insectes : snacks de criquets pour l’apéritif, plats cuisinés, sauces… Dans l’unité du professeur Frédéric Francis, on teste par exemple des poudres contenant 80 % d’insectes que l’on utilise pour confectionner des mayonnaises, des cakes, des biscuits ou du pain ! Des barres aux insectes entiers et au riz soufflé ont aussi été développées. Bourrées de protéines d’excellente qualité, elles suscitent l’intérêt des sportifs et bodybuilders. Bref, la question aujourd’hui n’est sans doute plus de savoir pourquoi manger des insectes et encore moins quand, mais plutôt de savoir sous quelle forme !

C’est du belge !

Depuis mi-septembre, les premiers produits de bouche à base d’insectes ont fait leur apparition sur le marché belge. Élaborés par Damien Huysmans et Anne De Decker sous la marque Green Kow, avec la collaboration du chef doublement étoilé Sanghoon Degeimbre, cette gamme se veut gourmande et bio. Elle se compose pour l’instant de deux tartinades de légumes (tomates ou carottes) relevées de vers de farine ou ténébrions. À utiliser sur des toasts en apéritif ou comme base pour des sandwiches. «Ce lancement est, d’après nous, une vraie première européenne à cette échelle. C’est en tout cas la première fois que des produits normaux à base d’insectes sont distribués sous une vraie marque et disponibles dans de nombreux magasins, et pas seulement sur internet ou comme simple curiosité alimentaire», souligne Damien Huysmans. «Les insectes ne sont pas certifiables en bio actuellement. Et puis c’est un début. Nous devrions ensuite aller vers d’autres produits à concentration plus élevées en insectes. Et les consommateurs pourront nous suivre en toute confiance».


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